L’Ecole en Bambou de Luong Son, Nha Trang Vietnam
Une construction bas-carbone en mode passif, une école pour les enfants défavorisés
Galerie centrale de colonnades de bambous, qui privilégie la ventilation naturelle des vents de la mer
Beauté de la colonnade de bambous
Avant l’intervention de L’École Sauvage, une association humanitaire française régie par la loi 1901 et dédiée à l’éducation des enfants défavorisés de la région, il n’y avait pas d’école primaire à Lương Sơn, près de la ville de Nha Trang. Lorsque j’ai été sollicité pour imaginer ce lieu, j’ai immédiatement senti la responsabilité, mais aussi la chance, de pouvoir contribuer à un projet qui allait réellement transformer la vie d’une communauté.
Avec l’architecte française Charlotte Julliard, dans le cadre du projet Theskyisbeautiful (“le ciel est beau”), nous avons commencé la conception en 2000. En 2002, le ministère vietnamien de l’Éducation nous a offert un terrain vacant, situé entre une voie ferrée et une petite rivière, à moins de 1 000 m de la mer. Ce site singulier nous a inspirés : il offrait l’occasion rare de proposer une alternative à l’architecture “tout béton, tout verre ” qui domine encore une grande partie du Vietnam moderne.
Dès le départ, nous avons voulu remettre au centre un matériau que j’aime profondément : le bambou. Naturel, durable, abondant localement, il incarne cette architecture capable d’allier simplicité, beauté et responsabilité. Nous voulions prouver qu’une architecture belle et généreuse pouvait naître d’un matériau simple.
“Le rôle d’un designer est crucial. Il doit comprendre les matériaux, les besoins des gens, le coût de la construction, et rechercher la qualité d’un espace. Et quand la beauté émerge, alors l’architecture chante”
Le climat chaud du centre du Vietnam a guidé de nombreuses décisions. Nous avons conçu l’école comme une école passive, largement ouverte, misant sur la ventilation naturelle et plus particulièrement sur le vent venant de la mer. Elle comprend :
- six grandes salles de classe,
- une petite salle de classe,
- une salle des professeurs,
- une bibliothèque,
- des toilettes,
- et, entre chaque espace fermé, de petits jardins ouverts.
J’aime particulièrement cette idée d’une école qui respire, où les enfants passent d’un espace à l’autre en traversant des fragments de nature. La passerelle extérieure, pensée au départ comme un terrain de jeu, est finalement devenue un abri pour les vélos, protégés de la pluie, une appropriation spontanée qui m’a beaucoup amusé.
Grâce à cette conception ouverte, l’école consomme très peu d’électricité. L’architecture s’adapte au climat plutôt que de lutter contre lui.
Travailler avec le bambou a été une aventure passionnante. Ce matériau magnifique a aussi ses contraintes : il doit être prétraité pour éviter la pourriture et les termites. Nous avons utilisé plus de 10 000 tiges de quatre mètres, qui ont été :
- immergées dans la boue pendant un mois pour les sécher,
- débarrassées de leur sucre, qui attire les insectes,
- légèrement brûlées, puis nettoyées et polies.
Avec les artisans locaux, nous avons dû dessiner des détails constructifs simples, compréhensibles et réalisables sur place. Cette collaboration a été l’un des aspects les plus enrichissants du projet. Je le répète souvent : “Penser globalement mais agir localement”.
Nous avons privilégié des matériaux à faible empreinte carbone, locaux, peu coûteux et ne nécessitant aucun transport. Les structures de toit ont été préfabriquées hors site puis assemblées. Les tiges de bambou étaient attachées avec des cordes en rotin et boulonnées à intervalles réguliers pour former les fermes. Des colonnes en béton armé soutiennent la toiture, le sol est en béton brut qui se patinera avec le temps, et les murs de briques sont enduits à la chaux.
Pour les fenêtres, nous avons délibérément évité le verre coûteux et choisi un plastique ondulé qui diffuse une lumière bleutée, comme un petit morceau de ciel dans chaque salle de classe. Ce détail poétique reste l’un de mes préférés.
Ce projet illustre ce que peut être une architecture low-tech et low-cost : accessible, utile, ancrée dans son territoire, capable de tisser des liens sociaux. Avec des matériaux bas carbone et un design passif, l’empreinte environnementale est considérablement réduite.
L’école de Lương Sơn est peut-être modeste, mais son impact est immense. Pour moi, elle rappelle que l’architecture n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être essentielle : il suffit qu’elle réponde avec justesse aux besoins des gens et qu’elle respecte le lieu où elle s’inscrit.















