Centre communautaire Holcim, près de Thu Thiem, Ho Chi Minh-Ville
Holcim propose la construction d’un centre communautaire pour sensibiliser la population au changement climatique
Un lieu pour créer des liens sociaux et pour apprendre sur le développement durable
Ce projet a été construit avec du béton réutilisé et recyclé à partir de déchets (fourni par Holcim), c’est de l’économie circulaire
Les 4 R : Réduire, Réutiliser, Recycler, Renouvelable
Les 3 B : Bon, Beau, Bien
Le Vietnam connaît une croissance démographique impressionnante depuis plusieurs décennies. En 1979, le pays comptait 54 millions d’habitants ; en 2023, on estime la population à 100 millions, et les projections tablent sur 120 millions d’ici 2030. Cette explosion s’accompagne d’une urbanisation très rapide : en 1979, seulement 18 % des Vietnamiens vivaient en ville ; aujourd’hui, cette part atteint 36 %, et elle pourrait grimper à 50 % d’ici 2030.
Cette transformation urbaine pose des défis majeurs (énergie, eau, pollution, changement climatique) que je trouve à la fois urgents et stimulants. Le Vietnam doit absolument développer les énergies renouvelables, réduire sa consommation d’eau et ses rejets polluants, améliorer la qualité de l’air et s’adapter aux impacts climatiques. Mais, en même temps, cette urbanisation rapide représente une opportunité formidable : celle de construire une économie forte et prospère, à condition d’investir massivement dans l’éducation, la santé, les infrastructures et surtout les énergies vertes. C’est un moment charnière, et j’y vois beaucoup d’espoir si les choix sont faits avec courage et vision.
C’est précisément dans ce contexte d’un monde en crise climatique et d’urbanisation accélérée que s’inscrit le projet de centre communautaire que j’ai conçu pour Holcim. Le site se trouve dans une banlieue proche de la presqu’île de Thu Thiem, un quartier qui m’a tout de suite marqué par ses contrastes saisissants : des HLM délabrés côtoient des immeubles modernes flambant neufs. Holcim, leader mondial du ciment et très engagé dans le développement durable, voulait soutenir ce quartier en créant un centre communautaire à budget très modeste. L’idée était d’utiliser des matériaux réemployés et des ciments ou bétons bas-carbone pour sensibiliser concrètement la population locale au changement climatique. La ville a mis à disposition un terrain particulier : il est situé juste au-dessus d’un réservoir d’eau existant, entouré de grands bâtiments.
Dès les premières esquisses, les principes des 4 R (Réduire, Réutiliser, Recycler, Renouvelable) et des 3 B (Bon, Beau, Bien) se sont imposés naturellement pour moi. Pour qu’un projet soit vraiment bon, il doit être beau et contribuer au bien commun, une conviction profonde qui guide mon travail d’architecte. La forme du centre devait donc être iconique et porteuse de sens. J’ai choisi une toiture dont une pente est l’inverse de l’autre : elle exprime le Yin et le Yang, le Tao – cette harmonie de l’écologie naturelle où tout se recycle et rien ne se perd. Cette symbolique m’a beaucoup touché, car elle parle d’équilibre dans un pays en pleine mutation.
Concrètement, les 4 R ont été appliqués de façon très pragmatique :
- réduction de la consommation d’électricité grâce à un design passif, une ventilation et un éclairage naturels maximisés ;
- réduction des déchets par le tri sélectif ;
- réutilisation de déchets de béton et de briques, et récupération des eaux de pluie ;
- utilisation de ciments Holcim recyclés (jusqu’à 25 %, intégrant même des déchets comme des semelles de chaussures de sport – une idée que j’ai trouvée géniale et très concrète).
Côté renouvelable, le projet intégrait la récupération des eaux pluviales, l’usage du bambou comme matériau local et renouvelable, ainsi que des panneaux solaires dédiés à la production d’eau chaude. Ces choix m’ont semblé essentiels pour montrer qu’un petit projet peut déjà faire sa part.
Le programme était simple mais pensé pour la vie quotidienne du quartier :
- un espace multifonctionnel extérieur de 100 m², capable d’accueillir un cinéma en plein air, des réunions, des concerts ou des jeux pour enfants ;
- une salle intérieure de 60 m² pour les réunions du quartier et les services publics ;
- des espaces de jeux et une petite bibliothèque pour les enfants, ouverts à tous ;
- un petit bâtiment annexe de 20 m² pour le gardien et les sanitaires.
Ce centre, construit à coût très modeste et implanté au-dessus d’un réservoir d’eau, se voulait avant tout utile : créateur de liens sociaux, porteur de culture accessible à tous. Il incarnait pour moi les 3 B à la perfection car il était bon dans son intention, beau dans sa forme symbolique, et bien dans son impact social et environnemental.
Malheureusement, malgré tout le cœur et l’énergie mis dans ce projet, il n’a pas pu être construit. C’est une déception que je ressens encore, car je suis convaincu qu’il aurait pu devenir un vrai modèle pour d’autres initiatives locales. Mais l’expérience reste précieuse : elle m’a rappelé à quel point l’architecture durable peut être porteuse de sens quand elle s’ancre dans le réel d’un quartier et d’une communauté.


















