Le Théâtre Phu Sa Lab de “Ca Trù” – une musique vietnamienne ancienne – de Hanoi
Le Ca Trù, une musique vietnamienne, résonne dans un décor de vieilles briques locales
La vieille brique rouge de Hanoi, bon marché, réutilisable, et bon réflecteur acoustique
Bambou et béton cellulaire dans le studio d’enregistrement choisis le propriétaire pour leur propriété acoustique
Le Ca Trù est un genre musical que j’ai découvert au nord du Vietnam, dans le delta du Fleuve Rouge. Il m’a immédiatement frappé par sa finesse : une voix féminine d’une expressivité rare, portée par un luth à trois cordes, un tambour et une claquette en bois. Cet art, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2009, est profondément ancré dans l’identité de Hanoï, où il continue de vivre malgré les mutations rapides de la ville.
C’est dans cet esprit qu’a été construit, en 2017, le Phu Sa Lab : un lieu de création et d’expérimentation où les artistes de Ca Trù ont enfin trouvé leur place. Ce projet est né de ma rencontre avec Nhat Ly, le dirigeant du lieu, ancien circassien et auteur de nombreux spectacles célèbres du nouveau cirque vietnamien, qui mêle le bambou et la musique traditionnelle dans ses shows à travers le monde.
Comme Nhat Ly est un amoureux passionné du bambou et de la campagne vietnamienne, j’ai conçu ce lieu en mariant cette fibre végétale à la brique ancienne, créant ainsi un lien charnel avec la terre rouge du delta. Phu Sa signifie “alluvions” en vietnamien ; pour moi, ce projet devait incarner l’essence même de Hanoï : un mélange de force brute et de poésie.
Phu Sa Lab a été conçu en deux niveaux pour offrir deux expériences distinctes :
- au premier étage, le laboratoire de musique avec sa petite salle de concert intimiste (partie déjà réalisé et conçue par Nhat Ly), où le bambou et la brique de béton cellulaire créent une atmosphère chaleureuse.
- au rez-de-chaussée, le théâtre de Ca Trù, où j’ai pensé la brique rouge ancienne qui domine dans des tons terre, omniprésente dans l’architecture vernaculaire, rappelant l’ancien Hanoi-Thang Long, capitale impériale. Ici, le mobilier ancien, l’ambiance de brique et le Ca Trù plongent les spectateurs dans un voyage dans le temps, à l’époque où les élites vietnamiennes appréciaient cet art musical raffiné.
Au-delà de l’esthétique, mon défi était technique. Cette brique rouge, bien que modeste (très bon marché) et locale, possède des qualités remarquables. Je l’ai utilisée comme un véritable correcteur acoustique (du fait de sa surface irrégulière). Lors des performances de Ca Trù, la subtilité de la voix et des instruments exige une clarté absolue. J’ai été fier de constater que l’acoustique y est excellente : la brique absorbe et diffuse le son avec une fidélité rare.
Par ce projet atypique, j’ai voulu montrer que l’architecture peut être le ciment des liens sociaux et générationnels, tout en préservant l’identité d’une ville. Malheureusement, la réalité urbaine nous a rattrapés. Après quelques années de vie intense, le Phu Sa Lab a été partiellement détruit puis fermé lors de l’agrandissement de la rue adjacente.
C’est une perte pour le patrimoine local, mais pour moi, l’expérience du Phu Sa Lab reste la preuve qu’un monde plus durable et culturellement riche est possible, même avec des matériaux simples comme la terre et le bambou.
Voici quelques caractéristiques du Ca Trù :
- C’est une musique vocale féminine accompagnée d’un luth à trois cordes d’un tambour et d’une claquette en bois.
- Les chanteuses de Ca Trù utilisent une voix très expressive avec beaucoup de vibrato et de mélodie.
- Les paroles de Ca Trù sont souvent des poèmes qui parlent d’amour de guerre de la vie quotidienne et de la nature.
- La tradition du Ca Trù est très ancienne et elle remonte au XIe siècle.
- Ca Trù est un art unique et précieux qui fait partie du patrimoine culturel du Vietnam. Il est important de le préserver et de le faire connaître au monde entier.


















