Bai Sau, la nouvelle skyline de Vung Tau : repenser 78 ha de littoral pour un avenir plus résilient et plus vivant
Bai Sau est la plus grande plage du Vietnam
Par Chi Tam Nguyen, architecte DPLG – TAMA Architecture Paris
Chaque fois que je vais à Vung Tau, la même contradiction me frappe : un site naturel exceptionnel – montagnes plongeant dans la mer, lumière unique au coucher du soleil – et un front de mer longtemps indigne de ce décor. Trottoirs chaotiques, constructions tournant le dos à l’océan, plage qui s’efface année après année. Une belle endormie.
Ce projet, c’est son réveil.
L’urgence : une plage qui disparaît
Bai Sau, l’une des plus longues plages du Vietnam, s’érode lentement mais sûrement. Tempêtes plus fortes, montée des eaux, infrastructures rigides héritées du XXᵉ siècle : tout concourt à fragiliser ce littoral. Le Sud Vietnam est en première ligne du changement climatique, et derrière les chiffres se jouent des réalités très concrètes : emplois, écosystèmes, communautés.
Notre question de départ a donc été simple : comment créer un littoral qui résiste au climat tout en devenant plus beau et plus vivant ?
Travailler avec la nature, pas contre elle
Plutôt qu’une digue massive, nous avons choisi une approche écologique.
- Une plage redessinée : une courbe plus harmonieuse qui améliore les courants et l’auto-régénération naturelle.
- Une ceinture végétale : marais marins et plantes tapissantes qui absorbent l’énergie des vagues et reconstruisent le sable.
- Une digue en gradins : deux niveaux intégrés au paysage, plantés, qui protègent sans barrer la vue.
- 2,2 km de front de mer continu : une transition douce entre ville et océan, accessible à pied et à vélo.
Ce projet m’a appris une chose : un littoral résilient est presque toujours un littoral plus beau.
Un urbanisme sobre et ouvert : la transition écologique passe aussi par la ville.
- Zéro voiture en surface : 4 300 places en sous-sol libèrent l’espace pour les piétons, les cyclistes et les jardins.
- Aucune barrière entre ville et mer : passages souterrains, allées de 4 mètres, horizon traité comme un bien commun.
- Architecture bioclimatique : pavillons ventilés naturellement, toitures en feuilles de palmier, volumes modestes qui s’effacent dans le paysage.
Vung Tau à l’heure du changement
Avec l’ouverture du nouvel aéroport international de Long Thanh en 2027, Vung Tau entre dans une nouvelle dimension. Bai Sau devient alors sa colonne vertébrale :
77,9 ha, 3,2 km de littoral réinventé, une esplanade de 15 000 m², une skyline redessinée entre mer et montagne.
Et cette skyline ne sera pas seulement celle de Vung Tau.
Selon la nouvelle organisation administrative, Vung Tau est désormais intégrée à Ho Chi Minh-Ville : la nouvelle “Bai Sau – Vung Tau Skyline” deviendra l’icône littorale de la métropole du Sud-Vietnam – l’ancienne Saigon, la capitale économique et dynamique du pays.
Un repère visuel et culturel – une Skyline iconique – , autant pour les habitants que pour les visiteurs internationaux.
Au cœur de l’esplanade, un monument central marquera la renaissance du lieu, là où la ville rejoint l’océan.
Écouter la mer
Intervenir sur un littoral, c’est accepter l’humilité. On ne maîtrise pas la mer. On crée les conditions pour qu’elle se régénère – et on accompagne ce mouvement.
Quand le dialogue fonctionne, la beauté semble évidente, presque naturelle, même si elle vient d’être conçue.
J’espère que la nouvelle Bai Sau sera cela :
une plage qui résiste, un espace qui respire, un front de mer pour tous.
L’architecture chante quand elle écoute le lieu. Ici, nous avons essayé d’écouter la mer.
Projet actuellement en construction.





















