Le jardin en bambou de Văn Miếu Quốc Tử Giám rend hommage aux 82 stèles
Le jardin de bambou - un hommage aux 82 stèles grâce à ses 82 pieds de bambou- est conçu comme un jardin de paix et de méditation
Un lieu de paix et méditation
Le bambou est une ode à ce jardin planétaire
Le Temple de la Littérature est sans doute le lieu le plus emblématique de la culture de Hanoï et du Vietnam. Chaque fois que je m’y rends, j’ai l’impression de pénétrer dans un espace où l’histoire, la connaissance et la spiritualité se superposent. Première université du pays, il reste aujourd’hui un site incontournable pour tous les voyageurs, malgré l’affluence. L’atmosphère demeure profondément sacrée : étudiants et habitants y prient pour la chance et le succès, caressant la tête des tortues portant les stèles, un geste simple que j’observe toujours avec émotion.
Văn Miếu se déploie en cinq cours successives, chacune marquant une élévation symbolique et rituelle. À chaque passage, rites et offrandes rappellent cette ascension vers la connaissance. La porte Khuê Văn m’attire par son élégance aérienne. La troisième cour, avec ses stèles posées sur des tortues, impose un silence respectueux. Plus au nord, la quatrième cour abrite le temple de Confucius : le grand pavillon de cérémonie (Đại Bái Đường) et la salle de la Grande Synthèse (Đại Thành Điện), cœur battant du lieu sacré. Enfin, la cinquième cour accueille un pavillon à deux étages (expositions au rez-de-chaussée et portraits des trois souverains fondateurs à l’étage) :
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Lý Thánh Tông (1023-1072), fondateur du temple en 1070
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Lý Nhân Tông (1066-1127), créateur de l’Académie impériale
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Lê Thánh Tông (1442-1497), initiateur des stèles des docteurs en 1484
À l’arrière de ce pavillon s’étendait un jardin inoccupé. Sa tranquillité, sa fraîcheur et sa vue sur le pavillon m’ont immédiatement séduit. Quand le client m’a sollicité pour ce lieu, l’enjeu était clair : intervenir dans un site sacré tout en respectant son esprit, offrir un repos aux visiteurs après de longues heures de marche.
L’idée s’est imposée naturellement : un jardin de 82 pieds de bambou “Quan Tu” pour honorer les 82 stèles. Un espace naturel, ombragé, apaisant, conçu comme un jardin zen en résonance avec les trois rois fondateurs. L’Orangerie à Paris et la Chapelle Rothko à Houston m’ont inspiré cette quiétude. Le “Quan Tu”, bambou modeste du nord du Vietnam, s’est révélé parfait : un choix simple, ancré et profondément local.
Au-delà de sa symbolique, ce bambou rend des services précieux à une ville dense comme Hanoï. Graminée géante à croissance rapide, résistante et polyvalente, elle capte jusqu’à 35 tonnes de CO₂ par hectare et par an, filtre l’air, produit de l’oxygène, abrite une faune variée. Elle lutte contre l’érosion, stabilise les sols, remplace les matériaux non renouvelables, notamment dans les domaines de la construction, du mobilier, du papier, de l’alimentation et de la médecine.
Dans ce jardin, au cœur d’un lieu aussi spirituel, ce bambou modeste devient une ode à notre jardin planétaire. Il rappelle qu’au sein des sites les plus chargés d’histoire, la nature peut dialoguer avec le patrimoine et y trouver sa place.














