La nouvelle plage de Bai Sau sera plus ouverte, durable et résiliente face au changement climatique
Bai Sau, Vung Tau : ce que la montée des eaux m'a appris sur l'architecture et pourquoi la plage de Bai Sau fait partie de notre jardin planétaire
Une zone tampon avec digues en gradin et plantes tapissantes pour retenir le sol
Une promenade sur la plage dans la zone tampon
Des plantes tapissantes locales (rau muống biển) pour retenir les dunes de sable et des arbres d’ombrage pour créer des ilots de fraicheur
Nichée au bord de la péninsule de Vung Tau, la baie de Bai Sau est l’une des plus belles plages du Vietnam. Chaque fois que je m’y rends, je suis frappé par son éclat, la douceur de sa lumière et la puissance tranquille de l’océan. Cette beauté fait partie de notre bien commun, de notre jardin planétaire, de notre écosystème partagé. Et parce qu’elle est précieuse, elle mérite d’être protégée : d’abord de la pollution liée aux activités humaines, ensuite de l’érosion côtière, cette menace plus discrète mais tout aussi préoccupante.
Le Vietnam est particulièrement touché par ce phénomène mondial, né de la conjonction des tempêtes, de la montée du niveau de la mer et des interventions humaines. Les tempêtes creusent les côtes, le niveau des mers s’élève doucement mais sûrement, et les aménagements anarchiques affaiblissent encore la résistance naturelle du littoral. Le réchauffement climatique accentue cette pression, et l’érosion entraîne des conséquences durables : perte de terres, dégradation des habitats naturels, altération de la beauté des sites, mais aussi un impact humain et économique bien réel- baisse du tourisme, disparition d’emplois, fragilisation des communautés
En travaillant sur le réaménagement du front de mer de Bai Sau, j’ai cherché à repenser le littoral dans une démarche durable : créer un espace à la fois agréable pour les habitants et les visiteurs, tout en préservant les écosystèmes et en protégeant la plage contre l’érosion. La nouvelle Bai Sau se veut plus ouverte, plus verte et plus belle, fidèle à l’esprit du lieu.
Pour renforcer la résilience du littoral, plusieurs des idées que j’avais proposées ont ensuite été concrétisées :
- La plage a adopté une courbe générale plus harmonieuse afin de favoriser les flux de marée et d’améliorer le nettoyage naturel du littoral.
- Une zone tampon composée de petits talus et sorte de marais salants (plantes tapissantes) a été créée en haut de plage, le long du sentier océanique. Ces écosystèmes absorbent l’énergie des vagues, créent une barrière naturelle entre la plage et l’océan et piègent les sédiments, contribuant ainsi à la reconstruction des plages érodées.
- Le projet intègre une digue en gradins à deux niveaux (1,4 m et 2 m) conçue pour briser les vagues lors de tempêtes pour protéger de l’érosion tout en restant esthétique et discret. La première ligne de talus absorbe l’énergie des vagues, tandis que la seconde limite les risques d’inondation.
- Des arbres et des végétaux tapissants résistants ont été plantés sur la digue et dans la zone tampon. Ils stabilisent les dunes, réduisent l’action du vent, apportent de l’ombre et diminuent la sensibilité du sable à l’érosion. La palette végétale comprendra des cocotiers et des arbres d’ombrage pour renforcer la fraîcheur du site.
- Le concept “ îlot ouvert” a guidé l’implantation des nouveaux bâtiments : vues dégagées pour ne pas créer de barrières visuelles, circulation des vents dominants pour préserver la ventilation naturelle, ensoleillement généreux pour tous. Vues, vents et lumière sont essentiels à la santé et à la qualité de vie, et j’ai voulu qu’ils restent au cœur du projet.
À travers ce travail, j’ai voulu offrir à Bai Sau une nouvelle force, sans trahir son identité. Une plage capable de résister aux défis climatiques, mais aussi de continuer à émerveiller ceux qui la découvrent. Pour moi, intervenir sur un littoral, c’est toujours un dialogue avec la nature : on apprend, on ajuste, on accompagne. Et lorsque ce dialogue fonctionne, le lieu retrouve une évidence, une beauté qui semble naturelle.










