Devant l’urgence de réduire les vulnérabilités, inspirons-nous de la courbe de MacLeamy du BIM pour la transition écologique et la résilience urbaine
Notre époque est marquée par deux phénomènes historiques majeurs : le réchauffement climatique (et ses vulnérabilités : canicules, inondations, incendies…) et l’arrivée massive de l’IA, des données et du BIM. Pourquoi ne pas faire converger ces deux dynamiques pour profiter des avantages de la courbe de MacLeamy et mieux « vivre avec les risques » ?
Par Chi Tam Nguyen, architecte DPLG – TAMA Architecture Paris
Lors de la table ronde de l’Iceb Café organisée par Emmanuelle Patte le lundi 21 septembre 2026, nous avons échangé autour des projets d’Éric Daniel-Lacombe et de sa réflexion sur le thème « Vivre avec le risque » et « L’architecte face à l’inconnu ». La question centrale était claire : comment réduire nos vulnérabilités climatiques et renforcer la résilience urbaine ?
Les exemples récents sont éloquents :
- les canicules (été 2026 particulièrement meurtrier, après celui de 2003) ;
- les inondations (Valence et les crues de l’hiver 2026) ;
- les incendies de l’été 2026, notamment en Gironde.
Éric Daniel-Lacombe défend l’idée qu’il faut apprendre à vivre avec le risque, en l’atténuant et en s’adaptant à la nature. Face à l’inconnu, il estime nécessaire de construire un récit collectif capable d’embarquer tous les acteurs. Il a illustré son propos par l’exemple des berges de Trèbes : la suppression d’un lac artificiel pour restaurer le bon écoulement de l’Aude, compensée par la création de quatre nouveaux plans d’eau pour les pêcheurs. Il a aussi souligné que les acteurs (maire, préfet, ABF, services techniques…) travaillent trop souvent en silos, et qu’il avait dû les réunir physiquement dans un taxi pour faire émerger une solution commune.
Le « silo » est précisément le mot-clé. C’est l’une des principales causes de lenteur face à un réchauffement climatique qui, lui, n’attend pas. L’IA, quant à elle, avance à toute vitesse.
Travailler en silos, reconstruire des récits collectifs, réapprendre à vivre avec le risque, articuler atténuation et adaptation, et offrir aux jeunes éco-anxieux un récit joyeux et vivant : autant de défis. Vivre avec la nature dans la frugalité et la sobriété peut constituer un beau récit… mais il a ses limites. C’est là que le BIM et l’IA peuvent apporter une contribution décisive à la transition écologique.
La courbe de MacLeamy (que j’ai découverte dans le cours d’Arsenio de Karim Fathi) illustre une règle simple et puissante : plus on modifie un projet tard, plus cela coûte cher. Le BIM permet de déplacer l’effort de conception en amont, de résoudre les problèmes sur ordinateur plutôt que sur le chantier, et ainsi de réduire fortement les coûts et les risques.
Appliquée à la transition écologique et à la résilience urbaine, cette logique devient particulièrement pertinente. En anticipant dès les phases ESQ, APS et APD les enjeux de canicule, d’inondation ou d’incendie, on diminue considérablement les vulnérabilités. Le graphique de la courbe de MacLeamy montre clairement comment un processus intégré permet d’agir tôt.
Avec le BIM, le CIM (City Information Modeling) et le LIM (Landscape Information Modeling), il devient possible de scanner et de modéliser non seulement des bâtiments, mais aussi des territoires entiers. Lors de la conférence du WIB (Women in BIM) de Claudia Gaona Avila, j’ai appris que le BIM était une étape – pas une destination, et que, d’ici 2030, nous devrions voir apparaître des bâtiments autonomes et adaptatifs.
BIM, CIM, LIM et intelligence artificielle offrent des outils concrets pour anticiper les risques climatiques et accélérer la transition écologique vers une société plus sobre, plus frugale et plus circulaire.
C’est pourquoi il est urgent de casser les silos et de travailler main dans la main. Car pour l’humanité, il n’y a qu’un seul taxi : notre planète Terre.






















































